Réseau d'échanges de savoirs (RES) "Mangrove"
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Ou par courriel à contact@laicite.com. Nos locaux se situent au 48 rue de Gembloux à 5002 Namur.
* Des outils et des ouvrages de références sont également consultables dans nos locaux.
* Le mouvement des Réseaux d'Echanges Réciproques de savoirs (MRERS) présente sur son site de la documentation et des ressources ainsi qu'un annuaire des réseaux d'échanges de savoirs dans le monde |
>> Echos des échanges de savoirs
Un échange inattendu. Qui eut crû qu’un jour je puisse dispenser des cours de mathématique au sein du CAL ? C’est pourtant ce service qui me fut demandé et confié durant les longs mois d’hiver que nous connûmes cette année et qui devait avoir lieu chez le demandeur obligatoirement. C’est au sein de l’IPPJ que cet échange s’est concrétisé. IPPJ est une abréviation signifiant « Institut Pour la Protection de la Jeunesse », euphémisme que les journalistes désignent par « centre fermé » et que, ordinairement, le langage courant appelle « Prison pour les jeunes ».
L’institut est niché à flanc de coteau entre la voie ferrée et la route de Gembloux à proximité du « Beau Vallon » à Saint-Servais dans un cadre verdoyant où respire la sérénité. Plusieurs pavillons semi-ouverts et fermés composent ce complexe. C’est le seul institut en Wallonie qui accueille uniquement des jeunes filles par décision judiciaire. C’est dans ce contexte particulier que ma documentation sous le bras, j’ai effleuré le bouton de
sonnette sous la surveillance d’une caméra. Une fois à l’intérieur, on est frappé par le silence. Pas un silence pesant, mais un silence propice à la réflexion et empreint de sérénité. Ici, pas de geôlier, pas d’uniforme, pas de matraque, pas de menottes ; mais des éducateurs et éducatrices attentifs à la réinsertion des jeunes qui leur sont confiés. L’atmosphère en ces lieux n’est pas sans me rappeler celle de l’internat des collèges de jadis. C’est dans ce contexte, que j’ai rencontré une jeune fille dont l’objectif primordial est la réussite de l’année scolaire en cours. Désireuse d’un coup de pouce en mathématiques, elle a accepté
que j’assume les fonctions de professeur de mathématique pour un temps limité. Les éducateurs ont donc mis à notre disposition un local comportant bureau, chaises et tables et un tableau blanc. Pour briser la glace ou me mettre à l’aise, ils ont souligné combien il est rare de rencontrer une jeune fille aussi motivée à poursuivre sa scolarité malgré sa situation présente.
L’échange eut lieu les mercredi et vendredi de chaque semaine même pendant les vacances. C’est dire que les préparations des leçons et des exercices m’ont pris beaucoup de temps : la matière de 5e Humanités est assez complexe. Mais Mlle S. m’a poussé à aller de l’avant tant sa motivation et sa soif de réussite étaient grandes. J’ai pris contact avec son professeur afin de coordonner au mieux nos efforts. Les notes des cours étaient envoyées par l’école et les explications données in situ. Je vous laisse imaginer : une petite salle de cours, une élève assidue, un professeur devant un tableau blanc. C’est dans ces conditions particulières, qu’ensemble, nous avons étudié les séries, taquiné le cosinus, slalomé sur les asymptotes et navigué aux confins de l’infini. Mlle S. ne m’a jamais fait de confidences sur les raisons qu’ils l’ont amenée à l’IPPJ et j’ai respecté son silence. Elle me tenait parfois au courant des décisions prises par le juge responsable de son dossier. Elle a passé les fêtes de fin d’année à St Servais et «surprise !», elle m’a invité à un goûter de Noël. Contre toute attente, elle a tenu à m’offrir un cadeau : une pièce unique décorée avec goût et destinée à y mettre crayons et autres objets. Nous avons aussi pu fêter la réussite de ses examens de Noël. Grâce à sa ténacité et à mon soutien dans ses difficultés, elle a pu relever le défi. Contrat réussi pour elle. J’ai pu approcher le monde de l’enseignement sous une autre facette et j’ai constaté le décalage entre les programmes scolaires, les matières des cours et le vécu et les aspirations des élèves. Quel gouffre ! Les jours qui ont suivi son départ, je me surprenais
à penser souvent à ces échanges.
Merci à Mlle S. d’avoir ensoleillé mes mercredis et vendredis aprèsmidi et meublé mes longues soirées d’hiver. Je lui souhaite beaucoup de bonheur dans sa vie future.
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