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Un si proche
orient .
Juin 2005
Des Libanais
rêvent d'une République sans Dieu ni Allah
BEYROUTH,
16 juin (AFP) -
Dans un pays où le pouvoir politique est rigoureusement divisé entre
chrétiens et musulmans, et où la religion s'immisce dans chaque aspect de
la vie privée, des Libanais militent pour un État laïc.
Quatre d'entre eux ont lancé, à l'approche des élections législatives qui
se tiennent du 29 mai au 19 juin, un mouvement citoyen
Hayyabina
(Allons-y!) "pour faire avancer la laïcité au sein de la société",
explique Alexandre Médawar.
"Notre État est toujours occupé par le système confessionnel" qui "impose
sa logique malsaine à nous toutes et à nous tous. Il est temps d'en
finir", lit-on sur le site Internet du mouvement.
Sur sa page d'accueil, l'équation "64+64 = 0" surmonte le slogan "Pour une
République laïque".
"Cela veut dire que 64 députés chrétiens et 64 députés musulmans font en
réalité zéro député libanais", note M. Médawar, en référence à la
distribution des 128 sièges du Parlement entre les deux principaux groupes
religieux du pays.
En plus de la déconfessionnalisation du système politique, Hayyabina
milite pour la laïcité dans l'administration publique et au niveau du
statut personnel du citoyen.
Un autre groupe,
Aalmana (Laïcité), estime également sur son site Internet
que "la laïcité est une garantie de l'union nationale et de la vraie
citoyenneté", et "contre l'éclatement d'une nouvelle guerre".
Pour
Randa Aractingi et Michèle Tyan, deux militantes, le débat doit se
traduire par des actions concrètes au niveau de l'éducation, "où
l'instruction civique est essentielle", et du statut personnel "pour que
hommes et femmes soient égaux dans le mariage,
le divorce et
l'héritage", qui tombent aujourd'hui sous la coupe de la religion.
Mais la bataille s'annonce ardue, avant que la croix et le croissant ne
soient confinés aux lieux de culte.
Même si elle
est stipulée par les accords de Taëf (1989), qui ont abouti à la fin de la
guerre civile (1975-1990), la question de la déconfessionnalisation du
système politique a, depuis, été repoussée.
Elle devra être abordée par le nouveau Parlement, issu des premières
élections depuis la fin de la présence militaire syrienne au Liban, estime
le député élu Ghassan Moukheiber, un grec-orthodoxe allié du Courant
patriotique libre (CPL, de Michel Aoun) qui prône la laïcité.
"C'est un thème qui mouvementera la scène politique", prévoit M.
Moukheiber. "Le Parlement le mettra probablement en chantier mais il ne va
pas le statuer. Ça va prendre des années".
Selon lui, l'un des principaux obstacles réside dans le fait que ce
Parlement a été élu sur la base d'une loi controversée et qu'il n'a donc
pas "la représentativité populaire nécessaire pour s'attaquer à une
question aussi fondamentale".
Pour le député élu Ammar al-Houri, un sunnite du Courant du futur de Saad
Hariri, "l'État à terme doit être laïc et les partis politiques doivent
être aconfessionnels, sans que cela touche à la liberté du culte".
"Déjà la Constitution de 1926 stipulait que le confessionnalisme (du
système politique) est temporaire", explique-t-il. L'article 95 statue que
la "Chambre des députés élue sur une base égalitaire entre les musulmans
et les chrétiens doit prendre les dispositions adéquates en vue d’assurer
la suppression du confessionnalisme politique".
Or, si d'aucuns réclament une laïcité globale, d'autres refusent qu'elle
dépasse les frontières de l'arène politique.
"Notre programme électoral insiste sur la nécessité d'abolir le
confessionnalisme politique", déclare le député élu Hassan Fadlallah, du
mouvement chiite Hezbollah.
"Mais il y a une différence entre écarter la religion de la vie politique
et l'écarter de la vie sociale (...) La variété communautaire est une
source de richesse" au Liban, ajoute-t-il.
M. Médawar note cependant que pour vivre en paix dans un pays qui compte
officiellement 18 communautés religieuses, la séparation entre État et
religion est indispensable.
"Si un juif défend bien les intérêts des cyclistes, alors il doit être
président de l'Association de cyclisme", lance-t-il.
Joëlle Bassoul
Agence France
Presse
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